Par Sarah Syed
Je me souviens très bien du jour où j’ai entendu parler de la crise climatique pour la première fois. Je me sentais comme un arbre solitaire en plein champ, dont les branches se balancent violemment sous l’effet du vent. Dans des documents publiés, les feux de forêt, les déplacements de populations, la fonte des glaciers, l’élévation du niveau de la mer et la prise de conscience des objectifs fixés semblaient avoir plus d’importance que les actions concrètes qui en découlent.
J’avais l’impression d’assister au déroulement d’une catastrophe au ralenti, chaque histoire venant alourdir les nuages annonçant un désastre imminent.
Ce sentiment de peur et d’inquiétude, dans lequel la crise climatique semble plus importante que toute solution, et l’empathie naturelle qui me relie aux luttes des autres et aux défis de notre planète se conjuguaient pour former une chaîne d’écoanxiété. J’ai alors décidé d’envisager la question sous un autre angle. Et si, au lieu de nous laisser submerger par l’ampleur de la crise climatique, nous la considérions comme une occasion d’opérer un changement radical qui pourrait avoir un effet d’entraînement menant à l’écooptimisme ?
Pour avoir un impact réel, nous devons passer de l’empathie à l’action, surtout dans le domaine de la philanthropie. En effet, c’est en se concentrant sur des solutions pratiques et en encourageant les démarches proactives que les fondations communautaires peuvent contribuer à transformer l’écoanxiété en une force motrice entraînant des changements positifs.
Rêver d’un avenir plus radieux
Si vous aviez une baguette magique pour résoudre la crise climatique, que feriez-vous en premier ? Peut-être voudriez-vous effectuer une transition complète vers l’énergie renouvelable ou restaurer tous les écosystèmes dans le monde ? Bien que ces mesures semblent relever du miracle, elles ne sont pas hors de portée avec des efforts concertés et une planification stratégique. Si j’avais une baguette magique pour atténuer la crise climatique, je m’en servirais pour changer les messages véhiculés par les gens et la société au sujet de celle-ci. La peur est tellement présente dans les nouvelles quotidiennes sur le climat que cela peut devenir quasiment paralysant.
Or, la crise climatique nous offre l’occasion de changer notre façon de répondre aux problèmes mondiaux. Elle peut nous permettre de bâtir des communautés plus fortes à plusieurs égards. Et nous pouvons obtenir des résultats semblables en adoptant diverses mesures concrètes au quotidien. Par exemple, pour cultiver une forêt, il ne faut pas se contenter de planter un seul arbre et d’attendre que ses graines en fassent pousser d’autres ; il faut en planter plusieurs, en prendre soin et veiller à leur croissance. Au fil du temps, ces arbres dissémineront naturellement leurs graines, créant ainsi un écosystème autonome. Le même principe s’applique aux organismes philanthropiques et aux gens. La curiosité et la volonté de croissance sont les pierres angulaires de cette approche.

En effet, la curiosité nous pousse à explorer de nouvelles idées, à nous renseigner sur les pratiques durables et à trouver des solutions innovantes, tandis que la volonté de croissance nous aide à considérer les défis comme des occasions d’amélioration et favorise la résilience et la persévérance. Et cela m’aide beaucoup.
Devenir les bâtisseurs du présent et de l’avenir
Revenons à l’exemple de la forêt. Il faut de la curiosité pour se renseigner sur les meilleures techniques de plantation et une volonté de croissance pour continuellement les améliorer et les adapter au fil du temps. Il faut avoir l’ouverture nécessaire pour expérimenter diverses méthodes, apprendre de ses échecs et célébrer les petites victoires.
Tout au long de mes études secondaires, j’ai voulu créer une occasion de réunir d’autres jeunes pour trouver des solutions à la crise climatique grâce aux technologies émergentes. Les jeunes sont souvent considérés comme les leaders de demain, mais en fait, ils ont l’expertise pour être les leaders d’aujourd’hui. J’ai donc décidé d’organiser un marathon international de programmation à partir de zéro avec un groupe de jeunes bénévoles et de camarades. Il nous a fallu plus de quatre mois de planification pour arriver au résultat final. Cependant, nous avons appris de nos erreurs, célébré nos petites victoires, comme l’obtention de fonds pour les gagnants, et développé des partenariats avec les jeunes, ce qui a rendu cette expérience enrichissante. Non seulement ce projet m’inspire dans mon travail actuel, mais il m’a appris que l’espoir se construit dans l’action.
Cette combinaison de curiosité et de volonté de croissance agit comme un plan d’action pour s’attaquer à la crise climatique. Nous devons réaliser que nous n’avons pas besoin d’une baguette magique pour résoudre le problème. Les outils et la solution sont déjà devant nous ; il suffit de les façonner. La créativité, la passion et l’engagement communautaire sont plus puissants que n’importe quelle solution magique.
Trois conseils aux fondations communautaires pour transformer l’écoanxiété en écoaction
Pour faire face à la crise climatique, nous devons nous mettre à la recherche de solutions. Ainsi, plutôt que de nous perdre dans l’ampleur du problème, nous devons nous concentrer sur les diverses solutions possibles.
S’attaquer à la cause profonde en misant sur la collaboration

La crise climatique ne peut pas être résolue par une seule personne (croyez-moi, j’ai essayé). Elle nécessite l’effort collectif d’un grand nombre de personnes. Les fondations communautaires peuvent jouer un rôle essentiel en favorisant la collaboration entre les différents acteurs, dont les gouvernements, les entreprises, les organismes sans but lucratif et les collectivités locales. C’est en réunissant diverses parties prenantes que nous pourrons créer des stratégies globales qui s’attaquent aux causes profondes des problèmes environnementaux.
Miser sur la transparence du financement

Les fondations communautaires doivent prioriser le financement et la promotion de ces solutions pratiques plutôt que la sensibilisation. En soutenant des projets novateurs et des modèles évolutifs, les organisations peuvent inciter d’autres acteurs à participer et à contribuer à la mise en œuvre d’un changement important. Cependant, il est essentiel, pour des raisons de transparence et d’imputabilité, de veiller à ce que les investissements proviennent d’autres organisations de lutte contre les changements climatiques et qu’ils ne soient pas le côté positif d’une boucle de rétroaction des énergies fossiles. Les organisations doivent non seulement concevoir des plans d’action pour le climat, mais aussi les mettre en œuvre de manière équitable.
Soutenir les efforts pour accroître la résilience et l’adaptation

Il est essentiel de soutenir les efforts pour accroître la résilience face aux changements climatiques et l’adaptation à ceux-ci. Les fondations communautaires doivent financer des projets qui aident les collectivités à s’adapter aux répercussions des changements climatiques, comme l’élévation du niveau de la mer, les phénomènes météorologiques extrêmes et l’évolution des modèles d’agriculture. Pour ce faire, il s’agit notamment de financer l’amélioration des infrastructures, les initiatives de préparation aux catastrophes et les technologies d’adaptation afin d’accroître la capacité des communautés à résister aux défis environnementaux et à s’en remettre.
C’est en nous concentrant sur les possibilités, plutôt que sur les problèmes, que nous pourrons motiver les gens à s’impliquer pour améliorer les choses. Ce changement de perspective m’aide à atténuer mon écoanxiété, et je sais qu’il en sera de même pour d’autres personnes. Encourageons la proactivité et la recherche de solutions ! Célébrer les petites victoires et mettre l’accent sur le potentiel d’impact à grande échelle peut galvaniser des communautés qui travaillent ensemble.
La crise climatique, bien qu’elle soit terrifiante, est également une occasion de réinventer notre monde et de bâtir une société plus résiliente, équitable et durable.
La crise climatique, bien qu’elle soit terrifiante, est également une occasion de réinventer notre monde et de bâtir une société plus résiliente, équitable et durable. Je crois que chacune et chacun d’entre nous a un rôle à jouer dans cette transformation. En assumant notre responsabilité individuelle et en faisant des choix conscients, nous pouvons contribuer à l’effort collectif qui entraînera un changement radical. Il ne s’agit pas seulement de s’attaquer aux effets immédiats des changements climatiques, mais aussi d’imaginer et de créer un monde dans lequel les générations futures pourront d’épanouir. Nous pouvons utiliser notre anxiété pour agir et créer un avenir meilleur pour toutes les populations en adoptant des solutions, en favorisant la collaboration, en investissant dans l’éducation, en soutenant les efforts de résilience et en faisant la promotion de la positivité. Il ne faut pas rester sur la rive pour observer la vague. Il faut apprendre à pratiquer le surf et à utiliser l’énergie de la vague pour nous propulser vers l’avant.