Voici la dernière partie d’une série de récits sur Every One Every Day Kjipuktuk/Halifax, lequel constitue un exemple concret d’infrastructure sociale inclusive reposant sur le processus de vérité et de réconciliation. Vous pouvez lire ou écouter les autres récits de la série pour en savoir plus sur l’importance des infrastructures sociales dans la conception des villes et le développement des communautés.
Cette série est le fruit d’une collaboration entre Every One Every Day Kjipuktuk/Halifax, 7GenCities et Fondations communautaires du Canada.
Écoutez ici (en anglais).
Transcription
Heather Wilkinson (HW) : « Nous sommes au milieu d’une zone de construction, en ce moment, de nombreux condos sont en construction autour de nous… »
Inda Intiar : L’embourgeoisement progresse rapidement dans le quartier nord de Kjipuktuk, ou Halifax, selon l’appellation coloniale. Ce quartier a accueilli de nombreuses familles afro-néo-écossaises après la démolition d’Africville par les autorités municipales dans les années 1960.
Aujourd’hui, les résidents de ce quartier diversifié dépendent de nombreux organismes communautaires pour obtenir des services.
Le Centre d’amitié autochtone Mi’kmaw est l’un de ces organismes. Il existe depuis six décennies. Dans le cadre d’une initiative plus récente, intitulée Every One Every Day, le Centre d’amitié propose une plateforme d’infrastructure sociale inclusive qui aide les résidents à bâtir des vies communes et à prendre part activement au processus de vérité et de réconciliation.
Je m’appelle Inda Intiar, et je suis lauréate de la Bourse en narration transformationnelle de Fondations communautaires du Canada. Voici la dernière partie d’une série sur Every One Every Day Kjipuktuk. Dans ce récit, nous verrons comment Every One Every Day et d’autres organismes communautaires envisagent un écosystème dynamique pour promouvoir la collaboration, l’inclusion, la créativité et l’autosuffisance dans leur quartier.
Musique d’ouverture
Aimee Gasparetto (AG) : On ressent quelque chose lorsque les organismes du quartier travaillent ensemble pour apporter une forme différente de soutien aux résidents… Cela se voit dans les programmes, et les gens le ressentent émotionnellement, ne serait-ce qu’en éprouvant un sentiment d’abondance.
C’est la directrice du programme Every One Every Day, Aimee Gasparetto. Aimee milite en faveur d’un écosystème plus dynamique et mieux doté en ressources pour les organismes qui soutiennent les résidents du North End. Selon elle, l’accès à diverses ressources est l’un des principaux avantages d’un écosystème fort.
AG : C’est l’idée selon laquelle, dans un quartier, lorsqu’il y a des espaces, des outils et différentes ressources auxquels les gens peuvent accéder, et qui sont en quelque sorte reliés, cela est très utile pour les gens.
Ce réseau d’organismes et d’infrastructures sociales peut faciliter davantage d’interactions entre les résidents issus de différents milieux culturels et ayant vécu diverses expériences, et favoriser un sentiment d’inclusion, d’appartenance et de participation
AG : À n’importe quel moment de la journée, il y a de multiples façons de socialiser avec les gens qui vivent là, de contribuer à quelque chose de significatif qui se développe dans le quartier, ou d’avoir son mot à dire sur ce qui se passe dans le quartier… Et c’est quelque chose qu’on ressent dans sa vie, tous les jours.
C’est pourquoi Every One Every Day utilise une approche participative pour créer les conditions propices à la créativité et à la collaboration dans la vie quotidienne. L’objectif est de promouvoir la cohésion sociale et d’évoluer vers des économies locales régénératrices, axées sur le bien-être et ouvertes à tous. Au cœur de tout cela se trouve un engagement en faveur de la vérité et de la réconciliation.
Tout en travaillant à la réalisation de cette vision, Every One Every Day se pose les questions suivantes : et si les ressources et le financement pouvaient être partagés entre les organismes pour soutenir les objectifs à long terme? Comment le quartier se transformerait-il si ceux-ci travaillaient au sein d’un écosystème?
AG : Il y a quelque chose dans le fait de tirer parti du soutien du personnel, de la formation et du renforcement des capacités de l’autre, d’être là l’un pour l’autre pour organiser conjointement une séance. Je pense que c’est à la fois pour maximiser nos ressources communes en tant que personnes, mais aussi pour ce qui émerge du renforcement des compétences et des capacités entre organismes, pour ce qui se produit souvent naturellement, selon moi, lorsqu’on crée des choses en collaboration avec d’autres personnes ou lorsqu’on met conjointement en œuvre différentes choses.
Every One Every Day a collaboré avec divers organismes communautaires. L’un d’entre eux est Wonder’neath, un organisme de bienfaisance dirigé par des artistes et fondé en 2014. Heather Wilkinson, l’une des fondatrices et des dirigeantes de Wonder’neath, explique que l’art est un important moyen pour les résidents de développer un sentiment d’appartenance.
HW : Les arts sont un moyen très important d’explorer une multitude d’enjeux, que ce soit en environnement, en santé ou pour la résolution de problèmes. L’expression personnelle est un élément essentiel du développement d’un sentiment de citoyenneté et d’appartenance et elle nous permet de croire que notre voix peut être entendue.
L’un des principaux programmes de Wonder’neath est Open Studio, un atelier ouvert conçu pour tous les âges, qui se tient deux fois par semaine pendant la majeure partie de l’année. Il répond à un besoin d’espaces créatifs gratuits. Une version mobile de ce programme, appelée Art Bikers, s’adresse aux résidents qui ne peuvent pas se rendre à l’atelier, en raison de divers obstacles.
HW : Nous nous concentrons sur l’exploration de la relation entre les artistes praticiens, les artistes professionnels et la communauté, et sur la façon dont nous nous soutenons les uns les autres. Nous nous intéressons particulièrement aux obstacles qui empêchent l’accès aux arts et nous nous demandons comment nous pouvons enlever ces obstacles afin que les gens puissent participer. C’est pourquoi nous louons des studios aux artistes, à prix abordable, et nous organisons des programmes dans nos locaux.
HW : Cela offre simplement un lieu où les gens se rassemblent pour de la création artistique. Et, pendant que nous créons, des conversations, des discussions, des occasions de parler de choses qui se passent au sein de la communauté se présentent. Cela devient un lieu où de nombreuses personnes trouvent un foyer et l’occasion de rencontrer des gens en allant au-delà des divisions superficielles.
HW : En période d’après-COVID, c’est particulièrement important. Vous savez, les gens sont vulnérables. Ils ont besoin de pouvoir venir et sentir qu’ils sont dans un espace où ils reçoivent du soutien pour faire quelque chose qui est un plutôt méditatif. Le fait de simplement essayer quelque chose de nouveau, dans un environnement paisible, tout en étant en compagnie d’autres personnes.
Le studio de Wonder’neath était un site hôte pour Every One Every Day alors que ce dernier venait tout juste d’être lancé. Wonder’neath a ensuite partagé ses connaissances sur l’organisation du studio et sur la manière de rendre les espaces plus accueillants pour les personnes ayant des capacités différentes, et a participé à l’ouverture du magasin de quartier Every One Every Day avec un projet pratique. Au fil du temps, Heather et un autre membre de son équipe ont participé à une séance sur la réconciliation organisée par Every One Every Day à l’intention de partenaires et de bailleurs de fonds.
L’été dernier, la remorque de construction communautaire de Every One Every Day a passé quelques semaines dans le stationnement de Wonder’neath. Voici à nouveau Aimee :
AG : La remorque de construction communautaire est une unité mobile équipée de tous les outils et de toutes les ressources nécessaires à la réalisation de projets de construction de petite ou moyenne envergure. Souvent, ces projets portent sur des choses utiles et agréables pour le quartier, comme des espaces de rassemblement, des jardins, des boîtes de livres, tout ce que les gens peuvent imaginer pour améliorer le quartier. C’est aussi un endroit où les gens peuvent apprendre et échanger de nouvelles compétences en construction. Le fait qu’il s’agisse d’une unité mobile nous permet d’être présents à plusieurs endroits dans le quartier.
Avec la construction de condos autour du studio de Wonder’neath, l’équipe souhaitait embellir son espace extérieur. Les personnes qui participent à la remorque de construction communautaire ont donc fabriqué des jardinières et des bancs. En même temps, les visiteurs ont pu en savoir plus sur les programmes de la remorque et d’Open Studio.
HW : Ce sera un très, très bel ajout afin de rendre l’espace dans lequel vous entrez plus accueillant. Nous avons travaillé avec l’équipe de la remorque pour réfléchir à la façon de faire connaître les services qui sont offerts à un plus grand nombre de personnes et à celle dont nous pouvons utiliser la remorque pour soutenir les programmes.
La collaboration entourant la remorque de construction communautaire a également aidé les participants au programme de Wonder’neath à découvrir les autres programmes d’Every One Every Day
HW : Surtout en ce moment, alors que nous sommes fermés pour un mois, c’est formidable de savoir que les gens peuvent trouver d’autres moyens de rester mobilisés.
Dans le cadre du programme Art Biker, Wonder’neath a également collaboré cet été avec un organisme environnemental qui proposait des services de réparation de vélos.
HW : Ils sont allés ensemble dans les communautés afin que les gens puissent accéder à l’un des services, ou aux deux, car ils revenaient régulièrement. Cela nous a permis d’avoir accès à un financement auquel nous n’aurions pas eu accès seuls, et qui concernait le transport durable.
HW : Les ressources sont plutôt rares pour les organismes artistiques à l’heure actuelle. Je pense que lorsque nous pouvons travailler ensemble, sans avoir à dupliquer chaque pièce d’équipement, et en partageant simplement l’équipement, cela aide les gens à trouver ce dont ils ont besoin. Je pense qu’il y a une vraie valeur à cela. Et je pense que cela contribue à l’idée de création d’une communauté. Nous devons faire en sorte que les gens se sentent soutenus à plusieurs égards et qu’ils aient accès à une véritable richesse. Selon moi, c’est très inspirant pour les gens.

La bibliothèque d’outils d’Halifax est un autre organisme avec lequel Every One Every Day fait équipe. Cet organisme à but non lucratif permet aux résidents d’avoir accès à un large éventail d’outils, dont la plupart ont été donnés par des membres de la communauté. Danielle Maltais est coordinatrice de programme au sein de cet organisme.
Son d’ambiance : outils
Danielle Maltais (DM) : Nous avons de tout, des marteaux aux tournevis, en passant par les perceuses à main. Nous avons des scies sur table portatives à prêter. Nous avons également un assortiment d’autres outils, tels que des articles pour l’entretien des pelouses, des taille-haies et quelques scies à chaîne.
DM : Nous ciblons une communauté qui ne dispose peut-être pas de l’espace nécessaire pour ranger tous ses outils ou qui n’a peut-être pas les moyens d’acheter des outils neufs.
En devenant membres, les résidents du quartier peuvent également accéder à un espace d’atelier doté d’outils plus volumineux et bénéficier des conseils d’un membre du personnel.
Selon Aimee, la synergie entre les deux organismes est devenue évidente assez rapidement.
AG : Leurs bénévoles soutiennent nos séances axées sur la construction, et nous sommes en mesure de faire la promotion de la bibliothèque d’outils d’Halifax et de faciliter l’accès à cette ressource collective par l’entremise des participants à nos séances. Il s’agit d’une relation émergente et en effervescence qui, je pense, grandira et évoluera au fil du temps.
La bibliothèque d’outils d’Halifax et Every One Every Day ont initialement fait équipe pour construire des jardinières mobiles et ont continué de collaborer en partageant l’espace. La bibliothèque d’outils a organisé des ventes d’outils usagés et d’autres événements dans la boutique de quartier d’Every One Every Day, et elle projette maintenant d’étendre son programme de boîtes à outils. Ce programme permet aux familles de construire leur propre boîte à outils et de l’emporter chez elles. Il se déroule actuellement à la bibliothèque du North End, à Halifax, et a très bien été accueilli, selon Danielle.
DM : Le plus grand impact que nous avons sur le développement communautaire et la sensibilisation est issu de notre collaboration avec d’autres organismes qui utilisent les compétences et l’équipement dont nous disposons pour renforcer et étendre leurs missions.
Bien que le North End compte de nombreux organismes communautaires disposant de ressources, de compétences, de programmes et de locaux qui pourraient être partagés, ceux-ci ne se connaissent pas tous les uns les autres ou ne sont pas connus des résidents qui pourraient vouloir utiliser leurs services. En outre, comme plusieurs organismes à but non lucratif, ils subissent les pressions exercées par la recherche constante de financement, simplement pour rester à flot ou pour poursuivre les programmes.
Jacqueline Newsome a entendu parler de ces pressions l’an dernier, alors qu’elle travaillait comme étudiante-chercheuse pour Every One Every Day. Jacqueline avait pour tâche de recenser les installations et les organismes communautaires dont les missions se recoupent avec celle de Every One Every Day.
Jacqueline Newsome (JN) : J’ai fini par interviewer 14 leaders communautaires de divers organismes, et c’était vraiment intéressant parce que, lorsque je commençais à les interroger, leurs propos étaient tellement similaires. Ils disaient surtout qu’il y avait un grave manque de capacités dans le North End, mais aussi que leurs services n’avaient jamais été aussi nécessaires. Ils ont également constaté une aggravation des problèmes qui étaient censés diminuer après la COVID, mais qui, en fait, se sont aggravés.
Selon Jacqueline, les répercussions de la crise du logement, des changements climatiques, de la crise des opioïdes et d’autres problèmes multidimensionnels pesaient lourdement sur la charge de travail de ces dirigeants. Il est rapidement devenu clair qu’une compréhension approfondie des valeurs organisationnelles serait utile pour trouver des synergies
JN : Avoir des partenaires qui partagent ces valeurs est essentiel, au-delà des simples ressources que l’on peut s’offrir mutuellement. Et même le partage de ressources est en soi une valeur pour certains organismes à but non lucratif.
Le partage de ressources peut comprendre beaucoup de choses: l’infrastructure, les connaissances ainsi que le personnel, et même la réputation au sein de la communauté. Par exemple, un organisme peut avoir gagné la confiance de certains groupes en raison de ses antécédents et de son personnel ayant vécu une expérience similaire. Un partenariat avec cet organisme peut aider à faire en sorte que les résidents puissent accéder aux divers services offerts dans le quartier. Tout cela repose sur de solides relations formelles et moins formelles entre les organismes communautaires. Revoici Aimee :
AG : Les deux sont importants. Je pense que les liens et les relations moins formels permettent aux choses de se dérouler à un rythme bien différent et permettent aux personnes au sein des organismes d’être réactives, de s’adapter et de réfléchir.
AG : L’autre chose, c’est la confiance. Je pense que, dans la communauté, nous devons tous être conscients du fait que plusieurs choses se sont produites et continuent de se produire, qu’il s’agisse de l’embourgeoisement, de l’oppression ou du racisme. En réalité, il y a une grande méfiance, et il doit y en avoir une. C’est pourquoi, ensemble, en tant que praticiens et en tant que personnes travaillant dans des organismes, nous renforçons sans cesse la confiance. Pour pouvoir le faire avec la communauté, nous devons le faire les uns avec les autres.
L’instauration d’un climat de confiance et d’un partenariat avec les organismes et les résidents est nécessaire, mais difficile à mesurer. Cela demande également du temps et de l’argent. Or, pour de nombreux organismes communautaires, il est difficile de trouver un financement durable et à long terme, ce qu’une approche écosystémique pourrait contribuer à atténuer.
Heather se dit reconnaissante du financement accordé par tous les ordres de gouvernement, ainsi que par les fondations et les donateurs, et des revenus tirés de la location du studio. Cependant, le maintien des programmes de base reste un défi, d’autant plus que le coût de la vie pour le personnel et les artistes-animateurs a considérablement augmenté. Heather ajoute que les bailleurs de fonds veulent souvent des programmes nouveaux ou innovants, ce qui peut nuire à l’établissement d’une relation de confiance avec la communauté.
HW : Une grande partie de notre travail consiste à établir la confiance avec la communauté, et l’un des moyens d’y parvenir est d’assurer une certaine régularité dans nos programmes et d’être vraiment là pour les gens. Ils apprennent à nous connaître, ils apprennent à connaître les personnes qui travaillent avec nous, ils connaissent nos horaires et finissent par s’y fier. L’intérêt est d’être présent au fil du temps, d’être toujours réactif, de ne rien tenir pour acquis, d’obtenir des commentaires, de parler aux gens, d’apporter des changements, mais aussi d’assurer une certaine régularité, ce qui est difficile à financer. Au début de l’année, nous ne savons pas exactement d’où viendra l’argent.

Pour Danielle, les défis proviennent aussi des limites imposées par les bailleurs de fonds quant à ce que la bibliothèque d’outils d’Halifax peut prendre en charge. Par exemple, la bibliothèque d’outils n’a pas été en mesure de rembourser les frais de déplacement des bénévoles, ce qui pourrait représenter un lourd fardeau dans le climat économique actuel.
DM : Je constate des difficultés majeures dans la manière dont nous distribuons les fonds pour soutenir les bénévoles qui consacrent leur temps à nos programmes, ou même pour acheter le matériel nécessaire aux projets. Pour l’instant, nous n’avons pas de financement pour 2024, ce qui signifie que nous aurons de la difficulté à mettre en œuvre de futurs programmes ou à planifier des programmes pour la nouvelle année.
Si des fonds sont disponibles, la plupart d’entre eux sont à court terme et se limitent au financement d’un ou de deux volets d’une initiative. Le temps et les ressources consacrés à la recherche et à la demande de financement détournent les leaders communautaires de leur travail principal d’élaboration de stratégies et de mise en place de programmes solides pour la communauté. Les diverses limites du modèle transactionnel actuel engendrent également un esprit de compétition et de pénurie, plutôt que de collaboration et d’abondance.
AG : Lorsque nous parlons de modèles de financement transactionnels, il existe une situation de pouvoir déséquilibrée dans laquelle les bénéficiaires des fonds sont responsables et doivent rendre des comptes au bailleur de fonds. Mais, en fin de compte, nous sommes responsables devant les personnes que nous voulons servir. Et donc, si nous sommes vraiment responsables devant les résidents, c’est-à-dire les membres de la communauté dans notre cas, c’est également eux qui déterminent l’impact.
AG : Je pense que deux organismes ayant des visions et des mandats similaires peuvent ensemble rendre des comptes aux membres de la communauté et établir des rapports sur cette redevabilité. Cependant, nous devons nous entendre sur ce point : nous sommes redevables envers les résidents et nous définissons avec eux cette redevabilité ainsi que ses limites.
Malheureusement, selon Aimee, le secteur philanthropique est souvent détaché du travail sur le terrain. Il en résulte un manque de compréhension de l’importance de ce travail, en particulier des aspects intangibles, tels que l’instauration de la confiance et la concrétisation de la vérité et de la réconciliation.
AG : Si je prends l’exemple de la vérité et de la réconciliation et que je pense à toutes les réflexions que notre équipe a dû mener, à ce qu’elle a dû faire et traverser pour élaborer un cadre de vérité et de réconciliation, et ce, sans que les bailleurs de fonds ne participent à ce travail et sans qu’ils le vivent personnellement, je me demande comment ils peuvent donner une valeur à ce travail et à son potentiel de transformation systémique
AG : La plupart du temps, on nous demande de démontrer le potentiel de développement ou de mise à niveau. De nombreux bailleurs de fonds mettent l’accent sur la portée d’interventions qui sont souvent superficielles. Toutefois, à mon avis, certains des changements les plus systémiques se produisent lorsque les organismes sont capables de travailler à plusieurs niveaux, en utilisant une approche très relationnelle, en examinant les possibilités de changement des systèmes et des politiques, en s’engageant auprès des communautés locales et en leur fournissant des services, et je ne pense pas que la complexité de tout cela soit bien comprise par les bailleurs de fonds qui ont une approche très compartimentée.
Selon Aimee, un partage plus harmonieux des actifs, du financement et des apprentissages, fondé sur des relations solides, pourrait atténuer une grande partie des pressions auxquelles les organismes communautaires font face. Cet écosystème comprendrait non seulement les organismes communautaires, mais aussi les bailleurs de fonds et les résidents.
AG : Si nous n’envisageons pas les choses du point de vue de l’écosystème, nous ne parviendrons jamais à transformer les systèmes, car les résultats ne pourront qu’être étroitement définis et ne pourront pas être reliés à d’autres grands changements systémiques. Lorsque les personnes responsables de la mise en œuvre sont dispersées, dissociées, fragmentées, et qu’elles manquent souvent de ressources parce que les gens essaient de les répartir, il en va de même pour l’impact. Comment pouvons-nous avoir un impact cohésif et cohérent lorsque les ressources sont réparties aussi faiblement?

AG : Lorsque les choses sont reliées et fluides et qu’elles fonctionnent dans un contexte de réciprocité, de boucles de rétroaction et de communication, elles servent à l’ensemble. Ainsi, lorsque je pense à un écosystème d’organismes, je pense à des éléments d’infrastructure interreliés. Qu’il s’agisse d’espaces intérieurs et extérieurs, d’espaces de rassemblement public, ces éléments sont en quelque sorte reliés par les personnes qui les entretiennent ou par des ressources mises en commun. Les résidents sont également un élément essentiel de cet écosystème. Mais, encore une fois, c’est la relation qu’ont les gens avec ces structures organisationnelles et entre eux qui compte.
Cette approche écosystémique du financement soutiendrait le travail de développement et de consolidation des relations, qui doit être effectué chaque jour.
L’importance des relations a aussi été soulevée au cours des recherches de Jacqueline. Lorsqu’elle a demandé aux leaders communautaires ce qu’ils souhaitaient voir dans le quartier, certains ont suggéré de créer un espace où les dirigeants et le personnel pourraient collaborer librement. Une sorte de salle de pause commune qui ne serait rattachée à aucun organisme.
Mais les transformations prennent du temps, et il faut modifier en profondeur les mentalités et la façon dont les organismes travaillent. Aimee estime qu’il faudrait commencer modestement, avec un financement couvrant au moins une période de trois à cinq ans. Elle suggère que les bailleurs de fonds aident à réunir autour de la table d’autres personnes qui s’intéressent à une approche écosystémique.
AG : Il faudrait que des bailleurs de fonds et des praticiens se réunissent pour déterminer l’élément qu’ils ont en commun qui pourrait avoir des retombées collectives et qui, sans définir l’ensemble de leur organisme, représenterait le chevauchement par lequel ils espèrent avoir des retombées dans le quartier.
AG : Nous voulons que davantage de personnes aient le sentiment de pouvoir participer chaque jour, et de nombreux organismes du North End sont également de cet avis.
Pour stimuler la participation inclusive des résidents du quartier, Aimee suggère de définir et de mettre en place des infrastructures et des activités partagées par plusieurs organismes. Les bailleurs de fonds peuvent alors s’engager à soutenir la base opérationnelle pendant plusieurs années.
AG : Il faudra un soutien important et des contacts, mais, le revers de la médaille est que le financement permettra d’instaurer un sentiment d’abondance et d’avoir l’impression qu’il y en a assez et qu’il ne faut pas toujours choisir entre votre organisme et le mien. Il peut s’agir de deux organismes qui collaborent pour atteindre des objectifs similaires, mais qui comportent des différences importantes pour les communautés qu’elles visent à servir
Faire équipe pour demander du financement est un moyen utile d’assurer la viabilité de l’organisme. Voici Heather.

HW : Si nous pouvons travailler ensemble sur certaines initiatives, je pense que nous passerons moins de temps à la recherche de financement et plus de temps au développement de bons programmes. Selon moi, les partenariats ont une grande importance pour les bailleurs de fonds. Nous créons une plus grande valeur et nous avons plus de retombées dans les communautés où nous allons, car nous apportons tous notre contribution.
La collaboration peut également élargir la portée des programmes. Danielle aimerait voir naître une base de données sur les organismes communautaires afin de faciliter la collaboration. Une formation commune sur des sujets tels que la rédaction de demandes de subvention, la sécurité du personnel, l’inclusion et la vérité et la réconciliation pourrait également renforcer les capacités collectives
DM : Pour ce qui est de la vérité et de la réconciliation, je pense que de nombreuses personnes ne savent pas vraiment comment s’y prendre. Au lieu d’essayer et d’échouer, les gens préfèrent éviter d’agir. L’idée de fournir un financement pour la formation dans le cadre d’objectifs communautaires précis est un très bon exemple
Une autre pièce du casse-tête est la narration. Jacqueline dit qu’elle aimerait que plus de jeunes connaissent le travail de ces leaders communautaires.
JN : J’avais presque envie de partager les histoires de ces leaders qui font de leur mieux, de montrer leurs profils et de faire en sorte que chaque jeune sache qu’il y a quelqu’un qui s’occupe vraiment des choses. Il ne s’agit pas d’un système sans espoir où les choses tombent dans l’oubli.
Il y a de l’espoir dans le fait que de nombreux praticiens et bailleurs de fonds souhaitent que les quartiers soient plus inclusifs, participatifs et autonomes. Mais tout commence par des relations significatives et par la confiance, nous rappelle Heather.
HW : Les relations se développent au fil du temps et doivent être entretenues. Nous devons toujours nous rappeler de nous donner de l’espace et de privilégier les relations.
Musique de conclusion
Pour en savoir plus sur le travail de EveryOne Every Day, lisez toute la série de récits sur son site Web ou consultez le site de Fondations communautaires du Canada sous « Initiatives en cours » -> « Bourse en narration transformationnelle ». Un grand merci à l’équipe de Every One Every Day Kjipuktuk, à 7Gen Cities et à Fondations communautaires du Canada pour l’attention et le soutien qu’ils ont apportés à ce récit. Merci, thank you, wela’lin et terima kasih d’avoir écouté!
Photos par Every One Every Day Kjipuktuk/Halifax.