Dans cet article de notre série Les histoires de l’Initiative canadienne pour des collectivités en santé, nous vous racontons comment un investissement de 60 millions de dollars du gouvernement du Canada a aidé des communautés à créer et à adapter des espaces publics pour répondre aux besoins des gens pendant la pandémie de COVID-19.

Lara Griffiths habite en plein cœur Ottawa, près de la forêt Champlain, un terrain boisé appartenant à la Commission de la capitale nationale (CCN). On y trouve d’énormes érables sucriers et une abondance de plantes indigènes. 

Elle se promène souvent dans les bois en compagnie de ses amies Christine Earnshaw et Sharon Boddy. Christine dirige le festival Tree Fest Ottawa, dont la mission est de protéger les forêts tout en invitant les gens à se connecter à la nature. Pour leur part, Sharon et Lara représentent des groupes communautaires de leur quartier engagés dans la protection des espaces verts.

Pendant la pandémie, le parc Hampton a connu une forte hausse de la circulation piétonnière. Dans les mots de Lara : « C’est formidable que les gens aiment se promener dans les bois, mais tout le monde ne sait pas prendre soin d’une forêt. La forêt se régénère naturellement, mais si on la piétine, elle ne sera pas en mesure de repousser. »

Lara, Christine et Sharon se sont demandé comment concilier l’usage récréatif de la forêt et sa conservation afin d’assurer sa croissance pendant les 100 prochaines années.

Un financement de 80 000 $ dans le cadre de l’Initiative canadienne pour des collectivités en santé 

En 2021, Lara Griffiths et son équipe ont entendu parler du financement de l’Initiative canadienne pour des collectivités en santé. Elles ont soumis une demande pour leur projet « Healthy People, Healthy Woods » (Une population en santé, des forêts en santé). L’objectif du projet était, d’une part, de favoriser la création de liens durant le confinement afin de contribuer à des communautés saines, équitables et résilientes, et d’autre part, de faciliter l’accès à la forêt pour les personnes âgées ou nouvellement arrivées. 

Le projet a été retenu, et le festival Tree Fest Ottawa a reçu un financement de plus de 80 000 $ pour un projet d’intendance communautaire de trois forêts urbaines appartenant à la CNC à Ottawa et à Gatineau. 

Grâce à ce financement, Lara a pu se consacrer à temps plein au festival Tree Fest Ottawa, ce qui lui a permis de travailler plus en profondeur les initiatives de sensibilisation en matière d’équité et de diversité. 

« Les gens qui s’intéressent aux arbres font déjà des promenades », explique-t-elle. « Nous avons voulu joindre des gens qui sont moins connectés à la nature, mais qui trouveraient amusant de faire une promenade un samedi après-midi. »

« La plupart des intendants sont des femmes blanches d’âge moyen, comme nous, ajoute-t-elle. Comment faire pour nous diversifier? »

Procurer du plaisir à la communauté et tisser des liens

Lara Griffiths, qui vit dans un quartier diversifié comptant de nombreuses personnes nouvellement arrivées, a fait appel à son réseau pour organiser plusieurs activités avec des groupes communautaires, notamment « Contes sous un arbre », organisé par La Teranga, un restaurant sénégalais d’Ottawa. Zal Sissokho, un célèbre joueur de kora sénégalais, et Marie-Eveline Belinga, une conteuse spécialisée dans les contes pour enfants, ont assuré l’animation. Au total, plus de 200 membres de la communauté sont venus célébrer.

L’équipe a également organisé des activités hivernales et des festivités pour le Jour de la Terre. Lara a également organisé « une promenade tous les mardis pour les personnes qui se sentaient très isolées, qui travaillaient de la maison ou qui étaient à la retraite. » Comme la plupart des groupes de marche avaient interrompu leurs activités au plus fort de la pandémie, ce groupe est devenu « le rendez-vous hebdomadaire sur lequel les gens pouvaient compter ».

En plus d’offrir un espace pour faire de nouvelles rencontres, les marches ont permis de raviver ou d’approfondir des liens passés. Lors d’un de ces rendez-vous du mardi, le voisin de Lara, un homme d’un certain âge, est tombé sur une ancienne petite amie : « Il a pu renouer avec elle, et cela a été un très beau moment pour lui. » 

Côté protection de la nature, le festival Tree Fest Ottawa a également proposé des activités de groupe comme le retrait des espèces envahissantes et la plantation d’espèces indigènes. « Les petites forêts sont souvent plus vulnérables aux espèces envahissantes », explique Lara. « L’activité a été très amusante parce que les gens adorent mettre les mains dans la terre. » 

L’équipe a également organisé le festival de l’érable en mars 2022. Une occasion pour les leaders de la communauté de Kitigan Zibi de parler de l’importance de la saison de l’érable pour les Anishinabeg. 

« Cette saison était une période de rassemblement pour la communauté et de célébration de l’abondance à venir », explique Lara. « Le festival m’a donné l’impression d’incarner cet esprit. »

En 2022, le festival de l’érable a été l’un des premiers événements organisés par Lara Griffiths où les gens se sont sentis à l’aise de se rassembler en grand nombre. « Il y avait 500 personnes en tout, et elles étaient très reconnaissantes de pouvoir enfin se réunir de la sorte. »

Un projet pour la prochaine génération 

Au total, en un an, près de 100 événements ont été organisés dans le cadre du festival Tree Fest Ottawa. Lara Griffiths ajoute que l’équipe reçoit souvent des commentaires sur la qualité de ses événements. Les gens les arrêtent même dans la rue pour les remercier. 

« Sans le financement de l’Initiative canadienne pour des collectivités en santé, il n’y aurait pas eu autant d’événements et ils n’auraient pas eu la même ampleur. Je ne pense pas qu’on aurait comblé notre besoin de tisser des liens », explique-t-elle. 

Elle ajoute que le projet Healthy People, Healthy Woods a prouvé l’importance du festival Tree Fest Ottawa, mais qu’un financement d’un an ne suffit pas pour envisager une nouvelle édition. 

« Ce serait extraordinaire de pouvoir tirer parti de tout ce que nous avons accompli et appris » confie-t-elle. « Si on privilégiait ce genre d’initiatives dans nos sociétés, ce serait merveilleux. Je pense que tout le monde y gagnerait, vraiment. »