Ce témoignage s’inscrit dans notre série Initiative canadienne pour des collectivités en santé qui explique comment les 31 M$ d’investissement du gouvernement du Canada soutiennent les communautés à mesure qu’elles créent et adaptent les espaces publics pour répondre aux nouvelles réalités de la COVID-19.

L’Immigrant & Refugee Community Organization of Manitoba (IRCOM) est venue en aide à des centaines de personnes immigrantes et réfugiées depuis 1991 en leur offrant un logement sécuritaire et abordable, en plus de programmes d’intégration.

Parmi ces programmes, un service de navette fiable coordonné par les réfugiés locataires et offert aux familles nouvellement arrivées pour répondre à leurs besoins d’épicerie.

« Nous travaillons surtout avec des familles réfugiées arrivées récemment et qui rencontrent beaucoup de difficultés », explique Carol Reimer, gestionnaire de programmes à l’IRCOM. « Il y a beaucoup de familles monoparentales avec des enfants d’âge scolaire, voire plus jeunes, pour qui aller faire l’épicerie représente un réel défi. »

Le centre-ville de Winnipeg, où se trouvent les locaux de l’IRCOM, compte peu d’épiceries. « Cela veut dire qu’il faut voyager assez loin pour se rendre à une épicerie abordable, acheter en grande quantité, puis payer un taxi pour revenir à la maison », ajoute Mme Reimer. « [Tout cela] génère beaucoup de dépenses supplémentaires et de désagréments. »Puis la pandémie est venue compliquer la situation : en plus de l’augmentation des prix alimentaires qui affecte plus de deux personnes sur cinq au Canada, les mesures sanitaires contre la COVID-19 ont rendu les déplacements très difficiles.

« Au début [de la pandémie], il y avait beaucoup de craintes », se souvient Mme Reimer. « Les gens avaient peur d’aller à l’épicerie, surtout avec leurs jeunes enfants. » Elle explique que les gens pensaient également qu’ils ne pouvaient plus amener leurs enfants à l’épicerie, une situation particulièrement difficile pour les mères monoparentales qui n’ont pas accès à un service de garde. « Les gens se sentaient véritablement coupés du reste du monde. »

Au cours des années, et de manière irrégulière, l’IRCOM a offert un service de navette pour amener ses locataires à l’épicerie. Mme Reimer explique que « ce service est tributaire du financement, et lorsque nous en obtenons, il est de courte durée. Il a toujours été difficile de maintenir ce programme sur une base régulière. »

Passer à la vitesse supérieure

C’est alors que l’Initiative canadienne pour des communautés en santé (ICCS) entre en jeu. Son but est de financer des solutions proposées par la communauté pour adapter des services à l’échelle locale de sorte à répondre aux besoins des gens pendant la pandémie de COVID‑19. Les fonds sont distribués par Fondations communautaires du Canada et par les fondations communautaires locales, dans ce cas, Endow Manitoba. Mme Reimer et son équipe ont reçu 5 000 $ en réponse à leur demande de financement.

Grâce à ces fonds, l’IRCOM a pu embaucher une personne locataire pour coordonner le service de navette. Cette personne fait la liaison avec les autres locataires, organise les voyages hebdomadaires le samedi et agit comme chauffeur du camion de l’IRCOM pour faire l’aller-retour au magasin.

Selon Mme Reimer, le service de navette actuel est entièrement financé par l’ICCS. « Sans ce financement, il n’y a pas de service. C’est un programme très important pour nous, et nous sommes vraiment contents de pouvoir l’offrir. »

Avant tout, la navette permet aux gens d’avoir accès à des magasins plus abordables, un critère fondamental pour les familles nombreuses vivant avec un revenu fixe. « Nous avons des sièges auto pour enfants, alors si [les locataires] doivent amener leurs enfants, c’est possible. C’est très utile, surtout pendant la saison froide. [Les hivers] à Winnipeg sont rudes et requièrent une grande adaptation des familles qui arrivent ici », dit Mme Reimer.

Elle poursuit en expliquant que pendant la pandémie de COVID‑19, le service de navette n’a ménagé aucun effort pour que les locataires « se sentent un peu plus à l’aise et n’aient pas à utiliser le transport collectif. De plus, il fournit un emploi à une autre personne nouvellement arrivée. »

Enfin, le service de navette offre un espace de rencontre aux membres de la communauté, un élément qui a cruellement fait défaut pendant les périodes de confinement et d’ordres de rester chez soi. « Les gens apprennent à se connaître et à connaître les leaders dans l’immeuble », dit Mme Reimer et ajoute que les mères monoparentales ont été particulièrement isolées. « Je pense que, juste sur le plan émotionnel, il était vraiment important de savoir que quelqu’un essayait de les aider. »

Pour la communauté, par la communauté

Depuis 2020, les chiffres d’immigration au Canada ont diminué (en anglais), mais dans les communautés desservies par l’IRCOM, la tendance commence à s’inverser. L’organisme accueille beaucoup de nouvelles familles, ce qui se traduit par une popularité grandissante du service de navette et par plus de travail pour la personne coordonnatrice.

« Les gens arrivent [au Canada] avec un niveau d’éducation et des expériences incroyables, ils veulent travailler et contribuer à notre communauté », dit Mme Reimer. « Lorsque nous pouvons leur offrir cette possibilité, et les payer pour leur travail, je pense que c’est très important pour eux. »

Elle poursuit en expliquant que le fait d’embaucher une personne de la communauté pour coordonner le service de navette « n’est pas seulement un geste de reconnaissance envers les gens qui arrivent ici avec toutes leurs qualifications. Il s’agit aussi d’un investissement dans leurs familles et leur avenir, puisque cette expérience leur ouvrira la porte à d’autres emplois. »

L’ICCS, et d’autres programmes de financement communautaire similaires, sont essentiels pour maintenir des projets comme le service de navette. Selon Mme Reimer, « [le service de navette] permet de créer une relation d’interdépendance. Au lieu de suivre un modèle de charité où nous donnons à l’autre, nous pouvons dire “Nous avons besoin de vous, et vous avez besoin de nous. Les deux parties ont beaucoup à offrir.” »

« [L’ICCS] permettra de créer des familles plus fortes et des communautés plus fortes. C’est pourquoi le Canada a besoin d’immigration, elle contribue à créer un pays plus fort », renchérit Mme Reimer.

Le service de navette est un exemple parfait de ce que les communautés résilientes peuvent accomplir, particulièrement lorsqu’elles doivent composer avec les répercussions de la pandémie. Selon Mme Reimer, « vous créez des liens avec la communauté [et] développez des relations sociales pour aider les gens à guérir sur le plan émotionnel et spirituel, ce dont ils ont vraiment besoin en ce moment. Beaucoup de gens souffrent, alors, nous avons besoin de la communauté. »