Voici la deuxième partie d’une série de récits sur Every One Every Day Kjipuktuk/Halifax, lequel constitue un exemple concret d’infrastructure sociale inclusive ancrée dans la vérité et la réconciliation. Vous pouvez lire la première partie de la série, intitulée Renforcer la cohésion par une infrastructure sociale inclusive, pour en savoir plus sur l’importance des infrastructures sociales dans la conception des villes et l’établissement des communautés. 

Cette série est le fruit d’une collaboration entre Every One Every Day Kjipuktuk/Halifax, 7GenCities et Fondations communautaires du Canada. 

Écoutez ici (en anglais)

Transcription 

Inda. – Je me nomme Inda Intiar, et je suis lauréate de la Bourse en narration transformationnelle de Fondations communautaires du Canada. Ceci est la deuxième partie d’une série sur Every One Every Day Kjipuktuk/Halifax. Dans ce récit, nous verrons comment l’équipe du Centre d’amitié autochtone mi’kmaq intègre son engagement envers la vérité et la réconciliation dans la plateforme d’infrastructure sociale de Every One Every Day.

Musique d’introduction


Tammy Mudge. – Vous ouvrez la porte, et, chaque fois, ça sent la sauge… »

Inda. – C’est Tammy Mudge, de la Première Nation de Glooscap, qu’on entend. Elle parle du Centre d’amitié autochtone mi’kmaq à Kjipuktuk (le grand port). Vous connaissez peut-être cette ville sous son nom colonial, Halifax, Nouvelle-Écosse, Canada. 

Le Centre d’amitié fait la promotion de la vérité et de la réconciliation dans le quartier nord de la ville au moyen du programme d’infrastructure sociale inclusive appelé Every One Every Day. Tammy est gestionnaire de l’apprentissage et des évaluations de Every One Every Day. Ici, elle parle du programme.

Tammy. – Nous créons des espaces qui rassemblent des personnes autochtones et non autochtones, qui n’auraient probablement pas l’occasion de se rencontrer autrement. Cela donne vraiment la possibilité aux personnes non autochtones d’en apprendre un peu plus sur l’histoire des communautés autochtones locales et urbaines, les protocoles et les reconnaissances territoriales, ainsi que sur tout autre sujet.

Inda. – Every One Every Day utilise une approche participative de l’infrastructure sociale. Ce programme dispose d’un local de quartier, sur la rue Gottingen, qui accueille un espace de création et des séances portant sur des sujets comme les cultures autochtones, le jardinage, les cuisines culturelles, la santé et le bien-être. Les résidents créent ces séances avec l’aide des concepteurs et des conceptrices de projets de quartier. De cette façon, ils peuvent partager leurs dons, leurs talents, leurs cultures et leurs histoires. 

Les organismes et les entreprises du quartier fournissent souvent le matériel, l’expertise, l’équipement ou l’espace spécialisé pour les séances. Il n’y a pas de critères pour participer. Chacun est invité à participer au moment qui lui convient et selon ses capacités. Aimee Gasparetto, directrice du programme Every One Every Day, explique : 


Aimee Gasparetto. – Nous essayons de concevoir ces espaces de manière à inclure tout le monde. Cependant, nous croyons que le savoir, la sagesse et la vision du monde des Autochtones doivent être au cœur de nos activités. Nous essayons donc de nous concentrer sur cet aspect dans notre conception, dans la façon dont nous travaillons avec nos partenaires et dont nous constituons notre équipe et dans les occasions que nous créons pour les résidents. 

Inda. – Il y a également un journal saisonnier qui informe les résidents sur les séances et qui fait connaître leurs histoires. À l’aide d’un contenu culturellement pertinent, le journal véhicule l’idée générale que la communauté dispose de tout ce dont elle a besoin. 

Tous ces éléments créent alors les conditions nécessaires pour que les résidents puissent prendre part et collaborer aux activités quotidiennes. Ils les aident à construire des vies partagées, à faire de la place à la diversité et à l’inclusion et à participer activement au processus de vérité et réconciliation. Tammy ajoute :  

Tammy. – L’une des grandes questions qu’on nous pose toujours, c’est : comment peut-on commencer à apprendre? Et, comment peut-on agir? Jusqu’à présent, ce que les histoires nous disent, ce que les gens racontent, c’est que c’est vraiment une sorte de porte ouverte, une occasion pour ces relations de commencer parce que c’est en quelque sorte le premier endroit où vous arrivez, où vous apprenez, où vous comprenez et, ensuite, où vous agissez. Je pense que l’infrastructure sociale joue un rôle très important dans la mise en œuvre de l’action de réconciliation au sein des communautés. Il s’agit d’acquérir des compétences et des connaissances, bien sûr, mais il s’agit aussi de faire des activités pratiques de la vie quotidienne ensemble. Ce n’est pas toujours l’activité elle-même qui compte, mais la magie qui opère, et les liens qui se créent.


Inda. – Pour l’aînée Debbie Eisan, une Anishinaabe qui a fourni des conseils pour Every One Every Day depuis le début, l’initiative lui rappelle les façons dont les communautés autochtones fonctionnent.

Debbie Eisan. – Cela ressemble à la façon dont nos communautés fonctionnaient à l’époque. Nos oncles, nos tantes, nos grand-pères et nos grand-mères ont enseigné à nos enfants la chasse, le perlage, la couture. Ils leur ont enseigné cela pour qu’ils puissent subvenir à leurs besoins, pour qu’ils puissent aller de l’avant et transmettre ce savoir aux autres. Je pense que, à EveryOne Every Day, c’est ce que nous faisons. Chaque personne, à Kjipuktuk, a son propre esprit, et c’est cet esprit qui la rend unique et individuelle. Nous avons tous nos propres talents, qu’ils soient visibles maintenant ou un peu cachés et que nous devions les faire ressortir. Et si nous pouvions partager ces talents avec tout le monde, peu importe qui nous sommes, alors cette ville de Kjipuktuk serait tellement diverse et merveilleuse.

Inda. – Voilà comment Every One Every Day imagine des villes et des quartiers plus heureux, plus résilients et socialement connectés avec des économies locales qui sont régénératrices, axées sur le bien-être et ouvertes à tous. Mais, pour y parvenir, il faut d’abord établir des relations respectueuses entre les gens, la nature et le lieu. C’est pourquoi l’engagement envers la vérité et la réconciliation est au cœur de cette initiative et qu’il s’inscrit dans tous ses objectifs et ses résultats. Aimee Gasparetto explique : 


Aimee. – Le parcours de vérité et de réconciliation dans lequel nous sommes tous engagés est une transformation systémique. Cependant, de mon point de vue, et d’après mon expérience personnelle, la transformation des systèmes est profondément liée à la transformation personnelle, aux expériences et aux occasions que nous avons chaque jour de développer notre propre compréhension, de briser nos murs personnels et nos murs collectifs, et de vraiment créer des possibilités de construire des vies partagées. 

Inda. – L’équipe de Every One Every Day sait qu’un engagement verbal envers la vérité et la réconciliation, ce n’est pas suffisant. Les membres de l’équipe ont donc créé un cadre et une stratégie pour guider leur travail et se tenir responsables. Et Tammy a dirigé ce travail.

Tammy. – Si jamais quelqu’un veut voir, lorsque nous disons que nous nous concentrons sur la vérité et la réconciliation, ce que cela signifie réellement être en action, et sur le terrain, nous pouvons le montrer et le partager. Je pense simplement que, si nous n’avions pas ce cadre, nous pourrions perdre de vue la concentration sur la vérité et la réconciliation. Parce que c’est ce qui se passe tellement souvent.

Inda. – Pour ce cadre, Tammy et son équipe utilisent un cercle de changement avec les mots « vérité » et « réconciliation » et l’image d’un aîné mi’kmaq au centre. Vous pouvez le voir sur halifaxiseveryone.ca.

Tammy. – Il s’agit d’une approche axée sur le lieu. Alors, non seulement un encadré et une voie fléchée ne semblaient pas fonctionner, mais il y avait aussi des éléments mi’kmaq à considérer.

Inda. – Le cercle est important, car il symbolise de nombreux enseignements autochtones. Tammy précise qu’il représente aussi les voies non linéaires de l’apprentissage. 

Tammy. – Nous honorons le fait que le processus d’acquisition des connaissances est sacré. En comprenant que le cercle est comme un flux continu et que, quand vous faites un choix, quel que soit le résultat, vous allez toujours le considérer comme un apprentissage et vous allez l’améliorer la prochaine fois. 

Inda. – Ensuite, des piliers clés sont nécessaires pour que l’initiative atteigne ses objectifs. Conseillée par un groupe d’aînés et de membres de la communauté, l’équipe a défini les six piliers indispensables pour concrétiser sa vision d’une communauté co-créée, collaborative et autosuffisante. 

Tammy. – Nous avons besoin d’une participation inclusive et significative et nous devons toujours pratiquer le Netukulimk, un concept mi’kmaq qui consiste à prendre soin de soi et de la communauté. Nous devons aussi nous assurer que nous tenons compte de la communauté à venir, de nos ancêtres et des sept générations suivantes. Ces éléments sont toujours nécessaires pour alimenter le cercle du changement.

Inda. – Tammy utilise aussi l’image d’un arbre pour relier les actions entreprises par l’équipe au cadre et aux piliers. Toutes les actions sont représentées par des feuilles qui sont ensuite attachées à chacune des six branches qui représentent les piliers. Par exemple, lorsqu’ils ont décidé d’arrêter d’utiliser des bouteilles d’eau en plastique, cette action relevait de la pratique du Netukulimk dont Tammy parlait. 

Tammy. – Puisque c’est un arbre, ce document est vivant. Il n’est donc jamais définitif. Parfois, ces feuilles tombent sur le sol parce que nous en tirons des enseignements, vous voyez? Mais elles seront absorbées par Wsitqamu’k, la Terre mère,  et ressortiront, et peut-être qu’elles donneront naissance à une nouvelle idée ou à une action mieux informée que nous pourrions mettre en œuvre.

Inda. – Ce quartier du nord de la ville a également une importance historique et moderne pour la communauté africaine de la Nouvelle-Écosse. En dépit du racisme et de l’oppression systémiques, les personnes noires qui se sont installées dans la région ont bâti pendant des siècles des communautés dynamiques et unies. Every One Every Day veut s’assurer que cela est également reconnu dans son travail, en plus de la diversité apportée par les nouveaux arrivants et d’autres communautés minorisées. 

Tammy. – Il y a beaucoup de minorités dans le quartier nord, et elles ont toutes des ascendances, des origines et des réalités différentes. Par conséquent, je pense qu’Every One Every Day joue un rôle dans ce soutien aux groupes pour pouvoir changer ces systèmes très oppressifs. En particulier en ce qui concerne le financement communautaire au moyen de programmes, il s’agit généralement d’un financement à très court terme et très compétitif. Cela a pour effet de dresser divers groupes les uns contre les autres, au lieu de donner à chacun ce qu’il devrait avoir. Tous les groupes ont un rôle important à jouer. 

Tammy. – Mais, je pense qu’il y a aussi beaucoup plus de similitudes dans l’expérience vécue. Bien sûr, la colonisation est présente partout dans le monde, et dans de nombreux endroits. Il est probablement plus rapide de nommer les endroits où il n’y en a pas, mais il y a toujours des choses qui se passent dans la vie quotidienne qui vous rapprochent. Je pense que c’est là que la transformation peut se produire, lorsque vous pouvez vraiment voir, ressentir et vous identifier aux expériences des autres. 

Tammy. – Nous sommes tous concernés par les traités et nous avons tous besoin d’avoir de bonnes relations pour parvenir à cette équité, cette expiation du passé, et essayer de déterminer comment nous pouvons œuvrer à l’assouplissement de l’héritage du colonialisme.

Inda. – Le fait que le Centre d’amitié autochtone mi’kmaq dirige cette initiative est également important, car c’est un centre communautaire dans le quartier depuis les années 1960. Bien que des partenaires comme 7GenCities et d’autres viennent d’autres régions du pays, Tammy affirme que le leadership du centre d’amitié dans cette initiative est particulièrement important dans un quartier confronté à un embourgeoisement rapide.

Tammy. – Si nous n’étions pas reliés au centre d’amitié, ce serait absolument impossible parce que les relations sont tellement essentielles, et parce que le centre d’amitié est déjà bien ancré dans la communauté et qu’il jouit d’une grande confiance.

Inda. – Le programme Every One Every Day n’est pas un projet à court terme. Il fait partie d’un plan d’action qui permettra de développer l’initiative participative au cours des cinq à dix prochaines années. Le centre d’amitié prévoit remplacer ses locaux actuels par un plus grand espace, à quelques rues seulement du site actuel. Ce bâtiment s’appellera Wije’winen, ce qui signifie «  venez avec nous  » en mi’kmaq. Il s’agira d’un centre où les Premières Nations, les Inuits et les Métis pourront accéder à des services, à la communauté et à la culture. Il s’agira également d’un espace permettant à tous les membres de la communauté de se réunir, d’apprendre et de participer. La plateforme Every One Every Day sera intégrée à Wije’winen. Pam Glode Desrochers, directrice générale du Centre d’amitié autochtone mi’kmaq, explique :


Pam. – Je travaille au centre d’amitié depuis 30 ans et je peux probablement compter le nombre de fois où je suis allée dans d’autres magasins ou d’autres boutiques ici. Parce qu’on ne s’y reconnaît pas. Et je parie que je peux demander aux membres de la communauté combien de fois ils sont allés dans notre centre d’amitié, et je parie qu’ils peuvent compter sur les doigts d’une main combien de fois ils y sont allés. C’est vraiment triste. Nous travaillons, vivons et nous divertissons dans une ville magnifique, et pourtant, nous sommes encore très séparés. Nous sommes tous dans nos petites boîtes. Je voulais quelque chose de plus grand et de meilleur, pas seulement pour ma propre communauté, mais pour la communauté toute entière.

Pam. – Je crois vraiment que ce projet va non seulement faire évoluer et changer ma propre communauté, mais qu’il va aussi donner à notre communauté des possibilités que nous ne pouvons pas encore imaginer. 

La conception du bâtiment Wije’winen sera basée sur une tortue et comprendra des jardins de médecine traditionnelle. Il sera situé au pied de la Citadelle d’Halifax, ce qui est important, dit Tammy.

Tammy. – Ce que la citadelle représente, du moins à mes yeux, c’est, bien sûr, la colonisation. Cela nous permettra donc de nous réapproprier un peu cette histoire, et peut-être, d’atténuer un peu plus cette lumière.

Inda. – Pam ajoute :  

Pam. – Il ne s’agit pas d’une vision unique. Elle vient de nombreuses personnes. Et c’est là toute la beauté de la chose. Il s’agit là d’une véritable action. 


Musique de conclusion.

Inda. – Pour en savoir plus sur l’importance des infrastructures sociales dans la conception des villes et l’établissement des communautés, lisez la première partie de cette série : Renforcer la cohésion par une infrastructure sociale inclusive. Vous pouvez la trouver sur le site Web de Every One Every Day, sous la rubrique Stories, ou sur le site Web de Fondations communautaires du Canada, sous la rubrique Initiatives – > Bourse en narration transformationnelle. Un grand merci à l’équipe de Every One Every Day Kjipuktuk, à 7 Gen Cities et à Fondations communautaires du Canada pour l’attention et le soutien qu’ils ont apportés à cette histoire. À bientôt ! 

Photo de couverture par Every One Every Day Kjipuktuk/Halifax.