Par : Sarah Syed
Le financement climatique : invention biomimétique de premier plan
Le concept de biomimétisme, popularisé par l’industrie technologique, désigne le fait de s’inspirer de la nature. Par exemple, le vol des oiseaux a inspiré le secteur aéronautique. Pour nous, le biomimétisme part tout d’abord d’une idée, et nous mettons ensuite cette idée en pratique : bâtiment à faible consommation d’énergie qui imite des structures naturelles, panneaux solaires en forme de tournesol pour un maximum d’efficacité, etc. Toutefois, le biomimétisme le plus évident réside dans nos sociétés et les fondations par lesquelles elles se développent, investissent et explorent.
Le cœur humain bat environ 100 000 fois par jour et assure inlassablement le bon fonctionnement de notre corps en pompant du sang vers tous les organes vitaux.

Imaginez ceci : tout comme votre cœur pompe le sang et fait circuler l’oxygène et les nutriments dans chaque cellule, le financement climatique orchestre la distribution équitable des ressources. Il canalise les investissements dans des infrastructures résistantes au changement climatique et favorise la mise en œuvre de solutions énergétiques propres, ainsi que la restauration des écosystèmes fragiles.
Le financement climatique alimente le cœur battant de la durabilité en améliorant la circulation des ressources essentielles à la résilience environnementale et à l’équité sociale.
En matière de durabilité mondiale, le financement climatique est comparable à l’élément vital qui coule dans les veines de notre planète. À l’instar du système circulatoire du corps humain, le financement climatique soutient les fonctions essentielles et garantit la santé globale de l’écosystème terrestre.
Qu’est-ce que le financement climatique?
Le financement climatique fait référence aux ressources financières allouées aux initiatives visant à atténuer le changement climatique et à s’y adapter. Ces ressources comprennent des investissements, des subventions, des prêts et d’autres mécanismes destinés à des politiques et à des projets qui ciblent une décarbonisation et une transition juste et équitable vers les énergies renouvelables.

Le financement climatique est un pinceau, la société est une toile et nos objectifs climatiques sont les différentes couleurs de peinture. La finalité étant de créer un tableau serein que l’on peut contempler par une journée nuageuse et pluvieuse, et qui nous remplit de positivité. Le seul moyen d’arriver à ce résultat est d’utiliser le financement climatique (le pinceau) comme levier pour financer des projets d’énergie renouvelable ou d’adaptation des communautés et faire briller ainsi une lueur d’espoir au milieu de la crise climatique.
Financement climatique et secteur philanthropique
Le financement climatique et le secteur philanthropique ont pour objectif commun la lutte contre le changement climatique. Les organismes philanthropiques peuvent jouer un rôle important dans le financement climatique en proposant des fonds, de l’expertise et des actions de sensibilisation à mettre en œuvre pour soutenir des solutions et des projets innovants qui ne seraient peut-être pas réalisables par le seul biais des mécanismes de financement traditionnels. Alors que le changement climatique menace de plus en plus les communautés et les écosystèmes, le secteur philanthropique a la possibilité et la responsabilité d’investir dans des solutions climatiques durables et équitables.
L’un des moyens les plus efficaces consiste à appuyer des projets menés par des jeunes et axés sur l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets. L’autonomisation des jeunes leaders favorise non seulement l’innovation, mais garantit également l’équité intergénérationnelle dans la résolution des problèmes climatiques. En tant que jeune leader, j’ai eu l’occasion de m’exprimer lors du Forum de la jeunesse du Conseil économique et social (ECOSOC), aux côtés du président du Conseil, et j’en ai profité pour insister sur l’importance de la voix des jeunes dans l’action climatique.

Les jeunes disposent d’une expérience et de connaissances pertinentes et méritent une place à la table des négociations comme parties prenantes. Le soutien philanthropique peut leur permettre de participer à des forums mondiaux tels que la COP28, où sont prises des décisions cruciales en matière de politique climatique et de financement. En finançant des délégations ou en fournissant un appui logistique, les organismes philanthropiques peuvent amplifier les voix des communautés autochtones et marginalisées qui sont touchées de manière disproportionnée par le changement climatique et qui sont souvent peu représentées dans ces forums. En outre, la philanthropie peut jouer un rôle crucial en finançant, conseillant et soutenant ces communautés tout au long du cycle de vie du projet, de la conception de l’idée à sa mise en œuvre.
Cette approche permet de s’assurer que les projets sont menés par la communauté, qu’ils tiennent compte des spécificités culturelles et qu’ils sont viables à long terme.
Le secteur philanthropique peut tirer parti de son influence pour plaider en faveur de changements politiques, promouvoir des pratiques commerciales durables et inciter les parties prenantes à accélérer l’action climatique. En collaborant avec les gouvernements, les entreprises et la société civile, les efforts philanthropiques en matière de financement climatique peuvent amplifier l’impact de la lutte et contribuer à un avenir plus durable et plus résilient pour tous.
Défis et obstacles
La réalisation d’une transformation systémique n’est pas sans défis. Nous devons surmonter les intérêts divergents, modifier les normes et les comportements culturels et nous attaquer aux inégalités et aux injustices. Le financement de la lutte contre le changement climatique ne suffit pas à lui seul à catalyser le changement systémique; il faut des actions coordonnées, une volonté politique et une mobilisation de la société pour transformer nos systèmes économiques, sociaux et politiques en vue d’un avenir plus durable et plus équitable. Les obstacles sont nombreux : manque de financement, coordination inadéquate entre les parties prenantes et résistance politique au changement. Les gouvernements, les institutions financières, les entreprises et la société civile doivent donc déployer des efforts concertés afin de mobiliser efficacement les ressources et de mettre en œuvre des politiques de transformation. Ce n’est que par une action collective que le financement climatique peut véritablement amorcer la transformation systémique nécessaire pour lutter contre le changement climatique de manière globale.
En matière de financement climatique, la transparence et la responsabilité sont essentielles pour les organismes philanthropiques pour garantir une utilisation efficace des fonds l’atteinte des objectifs. Les fonds doivent provenir d’organisations qui s’engagent pour le climat et s’étendre aux communautés confrontées à des obstacles à l’accès aux ressources financières. Cette approche inclusive cible les personnes les plus touchées par le changement climatique, favorisant ainsi la résilience et le développement durable. La mise en place d’un conseil dédié au financement climatique au sein des organismes philanthropiques peut renforcer l’alignement et la concentration des efforts sur les objectifs climatiques. Ce conseil peut superviser l’allocation des fonds, la sélection des projets et l’évaluation de l’impact, en veillant à ce que les actions soient stratégiques et efficaces.
Financement du climat et objectifs de développement durable
L’exploration de la relation complexe entre le financement climatique et les objectifs de développement durable (ODD) révèle une profonde interconnexion entre la durabilité environnementale et le progrès socio-économique au sens large. Les organisations peuvent décomposer le financement climatique en portions d’ODD contribuant au Programme 2030 de l’ONU.

Objectif 7 : Énergie propre et abordable
Plus de 800 millions de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’électricité, tandis que des milliards d’autres n’ont pas accès à des technologies et des combustibles de cuisson propres. Selon l’Agence internationale de l’énergie, en 2020, les investissements mondiaux dans le domaine de l’énergie ont chuté de 20 % et les investissements dans les énergies renouvelables ont diminué de 5 %. Des mécanismes de financement innovants, tels que les obligations vertes et les investissements d’impact, mobilisent des capitaux vers des projets d’énergie renouvelable. Les organisations peuvent soutenir des initiatives visant à améliorer l’efficacité énergétique et à promouvoir des combustibles de cuisson propres, en particulier dans les communautés mal desservies. En outre, elles peuvent plaider en faveur de réformes politiques et d’incitatifs visant à encourager l’adoption des énergies renouvelables et à supprimer progressivement les subventions aux combustibles fossiles.
Objectif 11 : Villes et communautés durables
Plus de la moitié de la population mondiale vit dans des villes, et ce nombre devrait augmenter de manière importante d’ici 2050. Les statistiques indiquent que les zones urbaines sont responsables de plus de 70 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. En investissant dans des projets de développement urbain durable, en soutenant des initiatives visant à améliorer l’accès à des logements abordables et à des services de base, et en plaidant pour des politiques qui favorisent une planification urbaine durable et des infrastructures résilientes. Les organisations peuvent offrir une plateforme aux organismes communautaires et aux actions locales afin de partager histoires et expériences. En amplifiant les voix des communautés marginalisées, il est possible de sensibiliser aux inégalités urbaines et d’appeler à l’action collective.
Objectif 14 : Vie aquatique
Les investissements dans les aires marines protégées, la restauration des récifs coralliens et la conservation des mangroves sont essentiels pour préserver l’intégrité écologique des habitats marins et les retombées positives de l’existence de ces écosystèmes, tels que le piégeage du carbone, la protection des côtes et les revenus générés par les activités touristiques.
Objectif 15 : Vie terrestre
La Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD) signale que la dégradation des sols affecte plus de 3,2 milliards de personnes dans le monde, entraînant une baisse de la productivité agricole et de la biodiversité, ainsi qu’une vulnérabilité accrue au changement climatique. En soutenant des initiatives qui responsabilisent les communautés locales, renforcent la gouvernance foncière et mettent en avant des chaînes de production durables, les organisations peuvent contribuer à garantir la santé et la résilience à long terme des écosystèmes terrestres.
Conclusion
L’atteinte des ODD nécessite un investissement annuel d’environ 5 000 à 7 000 milliards de dollars (estimation), ce qui dépasse de loin les ressources disponibles auprès des sources de financement traditionnelles. Le financement climatique est essentiel et comblant ce fossé en mobilisant des ressources supplémentaires pour le développement durable.
Le secteur philanthropique a un rôle clé à jouer dans la lutte contre le changement climatique en fournissant des financements flexibles et innovants qui peuvent compléter les efforts des secteurs public et privé. Il agit comme un pont, reliant diverses parties prenantes – des institutions mondiales aux communautés locales – et améliorant la circulation des ressources et des connaissances. Tout comme un pont permet de voyager et de faciliter les échanges commerciaux entre deux pays, la philanthropie relie les ressources financières des donateurs aux besoins urgents des communautés touchées par le changement climatique. Ce lien permet non seulement d’atténuer les effets du changement climatique, mais aussi de promouvoir l’équité et la justice en donnant aux populations vulnérables les moyens d’agir. En créant des espaces de collaboration et d’échange de connaissances, les organisations peuvent favoriser une culture de partenariat et de solidarité qui est essentielle pour atteindre les ODD.