« Le rapport met en évidence la nature à la fois particulière et urgente des besoins des personnes noires au Canada. Malgré le manque manifeste d’investissements, le milieu philanthropique a été le grand absent dans le soutien des Noirs au pays. » — Rapport Non financé

Le mercredi 2 décembre, le Réseau pour l’avancement des communautés noires et le programme Philanthropy and Nonprofit Leadership de l’Université Carleton ont publié le rapport Non financé : les communautés noires, les oubliés de la philanthropie canadienne. Ce rapport fournit un premier examen approfondi des relations entre la philanthropie canadienne et les communautés noires.

On y trouve une analyse des institutions philanthropiques canadiennes, combinant des études secondaires portant sur le contexte social des Noirs au Canada, des données qualitatives issues d’entrevues avec des dirigeants noirs et non noirs des secteurs philanthropique et à but non lucratif, et un examen empirique quantitatif des portefeuilles de financement de 40 fondations publiques, privées et communautaires pour les exercices financiers 2017 et 2018.

Cette recherche dresse de nombreux constats, notamment celui-ci : bien que les communautés noires comptent pour 3,5 % de la population canadienne, elles reçoivent un soutien minime de la part des fondations canadiennes. On mentionne que sont largement sous-financés les organismes communautaires dirigés par des Noirs ou desservant les populations noires, alors que les groupes dirigés par des Noirs n’ont reçu que 0,03 % des fonds pour les exercices financiers 2017 et 2018, et que les organismes desservant les populations noires n’ont reçu que 0,15 % des fonds durant la même période. Certains bailleurs de fonds ont souligné que le soutien actuel accordé aux organismes communautaires non dirigés par des Noirs peut souvent servir à un vaste éventail de communautés, dont des communautés noires, ce qui est vrai, mais cela ne minimise pas l’importance ni le besoin d’une aide directe et spécifique aux organismes dirigés par des Noirs ou desservant les populations noires.

Par ailleurs, la recherche communique les résultats d’entrevues avec des membres de fondations communautaires, et est donc singulièrement pertinente pour les fondations communautaires locales au Canada. Toutes les personnes interrogées s’entendaient pour dire qu’il fallait une collaboration entre les fondations, et un besoin de mieux écouter et soutenir les communautés noires. 

Les répondants affirmaient également leur soutien pour la création d’une fondation philanthropique dirigée par des Noirs et dédiée aux priorités des communautés noires au Canada, en mettant l’accent sur la nécessité d’une collaboration dans le secteur ainsi que sur le renforcement des capacités et le financement à long terme.Les participants ont noté que le soutien à la communauté noire est que ce ne serait pas une discussion de la responsabilité d’une seule fondation dirigée par des Noirs, mais que ce ne serait qu’une étape importante dans la création du leadership stratégique nécessaire pour un changement à l’échelle du secteur.

Parmi les constats de la recherche, les co-auteurs du rapport affirment qu’il est urgent de créer une fondation qui répondra aux besoins particuliers des communautés noires au Canada. La Fondation pour les communautés noires sera la première organisation philanthropique en son genre à investir dans des domaines prioritaires en vue d’un avenir plus prometteur pour les Noirs au Canada.

Pendant toute la durée de la pandémie, les Canadiens ont dû affronter la réalité du racisme systémique dans nos communautés. En tant qu’organisation, il a été difficile de trouver les mots justes et surtout les mesures adéquates afin d’y répondre de façon efficace et proactive. Comme on peut le lire dans le rapport, plusieurs fondations ont publié des déclarations et lancé des initiatives pour contrer la discrimination systémique et la marginalisation des communautés noires. Dans tous les cas, ces initiatives ont été plus réactives que proactives, elles ne comportaient pas d’engagements relativement à des montants précis et à des priorités de financement, ni de mandats visant à améliorer le bien-être des communautés noires à long terme.

La création d’une fondation dirigée par des Noirs et desservant les populations noires, conjuguée aux autres recommandations du rapport, nous offre une occasion unique de combler de graves lacunes pour une relance équitable au Canada, afin qu’en notre pays toutes les personnes noires puissent s’épanouir, et que toutes les communautés noires puissent définir leur propre avenir. Fondations communautaires du Canada soutient l’établissement d’une Fondation pour les communautés noires. En vue de mieux appuyer les organismes dirigés par des Noirs ou desservant les populations noires, il faudra une collaboration entre les fondations, les OBNL et les leaders du secteur.

Alors que nous nous efforçons de susciter des changements concrets dans le secteur, il nous tarde de collaborer avec le Réseau pour l’avancement des communautés noires, le programme Philanthropy and Nonprofit Leadership de l’Université Carleton, et la nouvelle Fondation pour les communautés noires ainsi que d’autres— en faisant progresser une équité qui ne consiste pas simplement à participer aux débats, et en veillant à ce que la philanthropie communautaire éclairée place le pouvoir directement entre les mains des personnes qui sont les plus touchées.

Le rapport Non financé livre une analyse cruciale de données souvent ignorées portant sur la race et la démographie. Si nous voulons faire progresser l’équité au Canada, nous devons continuer à examiner ces données, et appuyer des communautés historiquement oubliées et sous-financées.